Transition climatique – Partie 3 : Les gagnants et les perdants
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Une transition climatique accélérée engendre des gagnants et des perdants relatifs par rapport au scénario de base. Dans un scénario plus lent, il n’y a que des perdants.
Ce qu’il faut retenir :
- Une transition rapide crée des gagnants relatifs (les pays dotés d’une forte capacité en énergies renouvelables) et des perdants (les exportateurs de combustibles fossiles).
- En cas de transition lente, tout le monde perd.
- La productivité du travail est maximale à une température annuelle moyenne de 15°C et diminue dans un climat plus froid ou plus chaud.
Le scénario « on verra bien »
Dans le scénario de base du groupe de réflexion d’Oxford Economics, la température mondiale augmente de 2,2°C d’ici 2060 par rapport à l’ère préindustrielle. Dans ce scénario « on verra bien », la croissance dans la zone euro glisse lentement de 1% à 0,7%. Le prix mondial du carbone culmine déjà à 40 dollars la tonne de CO₂, loin d’être suffisant pour stabiliser la température, qui augmente de 3°C d’ici 2100, sapant davantage la croissance tendancielle.

Les gagnants…
Dans une transition rapide et ordonnée vers la neutralité carbone d’ici 2050, le Brésil est le grand gagnant par rapport au scénario de base, suivi de près par l’Allemagne et la France. L’Arabie saoudite et la Russie se situent bien en dessous de la ligne zéro. Le modèle derrière ce classement est remarquablement cohérent : les gagnants disposent d’une forte capacitée d’électricité renouvelable, limitant leur exposition à la taxe carbone et, par conséquent, la pression sur la consommation.
Le Brésil, deuxième producteur mondial d’hydroélectricité, tire aujourd’hui 84% de son électricité de sources renouvelables. En Europe, cette part s’élève à 47,3%, dépassant largement la moyenne mondiale de 34%. D’autres gagnants relatifs ont accès aux métaux et minéraux essentiels aux technologies vertes, le cuivre en tête.
… et les perdants
Parmi les perdants figurent les pays dont les revenus dépendent fortement des combustibles fossiles : si le monde consomme moins de pétrole et de gaz, leurs recettes d’exportation s’évaporent. L’Arabie saoudite et la Russie en subissent le plus durement les conséquences, mais les États-Unis s’en sortent aussi moins bien. La majorité des pays du bas du classement ressentent, dans un véritable scénario de transition, l’impact négatif du prix du carbone – encore à introduire – sur le pouvoir d’achat.
Une productivité qui ne résiste pas à la chaleur
Jusqu’ici, peu de surprises. Le scénario devient plus intéressant lorsque l’on examine quels pays sont physiquement plus touchés à mesure que la température augmente, car une courbe peu connue entre en jeu. La relation entre la température annuelle moyenne et la croissance économique n’est pas linéaire, mais en forme de cloche : la croissance – ou plus précisément la productivité du travail – atteint son pic à une température moyenne annuelle d’environ 15°C, puis décline dans un climat plus froid ou plus chaud.
Des pays comme l’Allemagne, en dessous de cet optimum, pourraient théoriquement tirer un léger bénéfice d’un réchauffement supplémentaire. En revanche, des pays comme l’Inde, l’Indonésie et le Brésil se situent déjà bien au-delà de ce pic. Chaque degré supplémentaire les enfonce davantage dans la partie décroissante de la courbe. Ce sont notamment ces pays densément peuplés et chauds qui subissent les pertes de productivité les plus lourdes dans le scénario catastrophe.

L’hémisphère nord vulnérable
Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à être vulnérables. Ces mêmes pays théoriquement favorisés par le froid subissent, dans la pratique – et dans le scénario d’un échec des politiques climatiques –, les pertes absolues les plus importantes. Le Canada perd jusqu’à 20% de son PIB cumulé d’ici 2060, suivi de près par la Russie et les États-Unis.
L’explication relève d’un cas classique de « la carte n’est pas le terrain » : le réchauffement ne progresse pas uniformément, et l’hémisphère nord se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale. Un pays dont la température moyenne est bien inférieure à l’optimum peut donc rapidement le dépasser. S’y ajoute le fait que les écarts de température devraient y être plus marqués, entraînant une volatilité accrue et des conditions météorologiques extrêmes, avec une destruction directe de capital à la clé.
Dépendance aux fossiles ? Tout le monde y perd !
Dans le scénario catastrophe, l’Arabie saoudite semble même, dans un premier temps, le moins mauvais élève de la classe, simplement parce que la demande persistante en combustibles fossiles maintient ses revenus pétroliers. Mais ce n’est pas un hasard si le graphique montre finalement que la hausse des températures ronge progressivement cet avantage. Il n’existe aucun scénario où la dépendance aux fossiles reste durablement rentable. À terme, tout le monde perd.

En attendant Godot
La leçon à retenir ? En cas de transition complète aboutissant à une stabilisation des températures, on peut clairement désigner des gagnants et des perdants par rapport au scénario de base actuel – lui aussi loin d’être idéal –, avec le Brésil et l’Arabie saoudite aux deux extrémités. Si le monde échoue totalement dans sa transition, cette distinction s’estompe progressivement et tout le monde perd : l’exportateur de fossiles un peu plus tard que les autres, mais tout autant.
C’est un peu comme attendre Godot : on peut encore tenir avec des reports et des promesses « pour demain », mais la note finit toujours par arriver. Et elle sera à partager entre tous les pays autour de la table.
