Transition climatique, partie 2 : le prix du carbone ou son absence de prix

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Il existe un quasi-consensus parmi les économistes sur ce que devrait coûter une tonne de CO₂ pour vraiment changer nos comportements : entre 50 et 100 dollars. Le monde paie en moyenne entre 6 et 8 dollars. Ce n’est pas un petit écart, c’est un autre univers. 

 Les faits marquants : 

  • Le prix actuel du CO₂ est trop bas pour modifier réellement les comportements. Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, un prix de 470 dollars par tonne de CO₂ est nécessaire. 
  • Seulement 32% des émissions mondiales sont soumises aux prix du carbone. 
  • L’Europe avance rapidement, mais le reste du monde doit lui emboîter le pas pour limiter le réchauffement sous la barre des 2 degrés. L’horloge tourne. 

Deux tiers de la planète émettent du CO₂ gratuitement 

Le taux de couverture de cette tarification – là où un prix carbone s’applique – atteint aujourd’hui péniblement 32% des émissions mondiales. Autrement dit : sur deux tiers de la planète, le CO₂ continue d’être émis gratuitement. Ceci explique l’absence de progrès en matière de politique climatique. À l’échelle mondiale, en tout cas. 

Quelles températures dans les différents scénarios ?

Pour envisager une trajectoire crédible vers la neutralité carbone d’ici 2050, Oxford Economics estime qu’il faudrait relever le prix de la tonne de carbone à 470 dollars, en plus d’investissements colossaux. Dans les deux autres scénarios, où la température se stabiliserait autour de 1,6 degré, les prix culmineraient à 942 et 979 dollars la tonne. 

L'alternative ? Relever le prix du carbone à 40 dollars la tonne à l'échelle mondiale. Mais comme nous l’avons vu dans la partie 1, ce tarif conduirait à un réchauffement d’au moins 2,2 degrés d’ici 2060 et de 3 degrés d’ici 2100. Dans le scénario catastrophiste, les températures augmenteraient de 2,7 et 4,4 degrés, avec un risque physique gigantesque à la clé. 

Des inégalités choquantes 

L'observation de la carte des juridictions ayant déjà instauré un prix carbone montre l'ampleur des inégalités de répartitions. L’Europe apparaît en rouge foncé, avec un prix moyen du carbone dépassant 80 dollars la tonne grâce au système d’échange de quotas d’émission de l’UE (ETS) et aux taxes nationales sur le carbone. Le Canada suit avec son système de tarification basé sur la production, avec un prix compris entre 60 et 80 dollars la tonne. Plus loin, on trouve également la Chine, avec son propre système d’échange de quotas, et le mécanisme de sauvegarde australien. Toutefois, en scrutant la carte de plus près, on voit surtout des zones vides : les États-Unis n’ont presque aucune tarification au niveau fédéral, et la majeure partie de l’Amérique du Sud et de l’Afrique reste en blanc. 

L'Europe en tête du peloton

Ces inégalités se retrouvent également dans les chiffres des revenus : sur les 107,5 milliards de dollars de recettes carbone mondiales en 2025 (80,3 milliards issus des systèmes d’échange et 27,2 milliards des taxes carbone), environ les trois quarts proviennent de l’Europe. L'ETS se démarque largement en tête. 

Les deux mécanismes sous-jacents sont fondamentalement différents. D'une part, dans un système d’échange de quotas d’émission (ETS), les autorités fixent un plafond aux émissions totales, après quoi les entreprises échangent des droits, laissant l’offre et la demande déterminer le prix. De l'autre, avec une taxe carbone, les autorités appliquent directement un tarif, sans mécanisme de marché. 

À travers le monde, 37 systèmes de type ETS et 43 taxes carbone coexistent. Ce patchwork explique en partie les variations de prix sur la carte. 

La conclusion s’impose. Il ne s’agit pas de demander à l’Europe de redoubler ses efforts. L’Europe en fait déjà assez, peut-être même trop par rapport au reste du monde. Il s’agit plutôt d’un appel au reste du monde pour qu’il se mette enfin en marche au lieu de rester à la traîne. Et rapidement, si nous voulons encore avoir une chance minimale de maintenir le réchauffement sous le seuil de 2 degrés.