Que valent encore les enquêtes de confiance ?

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Les marchés ont coutume de scruter avec attention les enquêtes de confiancepour évaluer la conjoncture économique et tenter den prévoir les évolutions futuresCependant, depuis quelque temps, leur pertinence semble s’émousser. En cause : des inégalités de revenus qui se creusent et qui influencent la perception de la situation économique. 

Des indicateurs de confiance en décalage

Aux USA, par exemple, la croissance économique dépasse les 2% chaque trimestre depuis un moment déjà, soutenue par les dépenses de consommation et les investissements gigantesques dans l’intelligence artificielle. Pourtant, les indicateurs de confiance montrent des consommateurs inquiets, notamment à cause du niveau de l’inflation.  

Actuellement, les deux principales enquêtes auprès des consommateurs, celles du Conference Board et de l'Université du Michigan, se situent à des niveaux bas. Ces niveaux sont typiques d'une récession, alors que la croissance est bonne. 

Historiquement, des relevés de confiance plus bas n'ont été enregistrés que 3 fois au cours des 3 dernières décennies :  

  • Lors de la crise boursière de 2001  
  • Au moment de la crise financière mondiale de 2008  
  • Pendant la pandémie de COVID-19 qui a éclaté en 2020 

La confiance en berne annonce-t-elle une récession ?

Un décalage similaire s’observe dans les indicateurs de confiance des entreprises. Depuis la pandémie, les enquêtes ISM (Institute for Supply Management) menées auprès d’entreprises industrielles ainsi que dans le secteur des services ont à plusieurs reprises annoncé une récession, qui n'est jamais venue. Ces sondages mensuels alimentent les discussions dans les médias et à Wall Street. Mais cette surexposition médiatique devient de plus en plus difficile à comprendre, tant ces résultats semblent dépassés. 

Pourquoi les enquêtes de confiance sont-elles dépassées ? 

Une première explication réside sans doute au niveau de l’impact des réseaux sociaux sur le moral des populations. On y croise des gens brillants, épanouis, partageant leur bonheur et leurs recettes « bien-être ». Or, on sait maintenant que ces messages peuvent miner le moral des followers et renforcer le sentiment de pessimisme sur notre propre situation économique.  

Ensuite, on ne peut exclure que les résultats des enquêtes soient biaisés par l'augmentation des inégalités. Contrairement aux chiffres agrégés de croissance du PIB, les enquêtes accordent un poids égal à chaque réponse, alors que la croissance dépend de plus en plus des dépenses de quelques-uns. Cette observation vaut sans doute aussi pour les enquêtes menées auprès des entreprises : les géants d’un côté, et les PME de l’autre.   

Les enquêtes de confiance : un miroir des inégalités

Aux États-Unis, on estime que les 10% les plus riches représentent la moitié des dépenses de consommation, contre un tiers il y a 3 décennies. On observe aussi qu’indépendamment du niveau d’inflation ou du taux de chômage, la croissance américaine est quasi la même en 2026 sous Donald Trump qu'en 2024, sous Joe Biden. Pourtant, d’après l’enquête Gallup qui reflète la confiance des citoyens face au climat économique, les Démocrates jugent la situation très mauvaise (l’indice est passé de +7 à -76 en 18 mois), tandis que chez les Républicains l’indice a bondi de -42 à +41, illustrant un réel optimisme pour le contexte économique actuel. En fonction du parti du Président (et sans aucun doute aussi de sa personnalité), la confiance en l’avenir est donc vécue très différemment pour un contexte économique similaire.  

Ceci peut expliquer pourquoi les indices de confiance reflètent mal la réalité. Au final, tout est une question de perception.   

Les marchés boursiers influencent la confiance

Ces derniers temps, la confiance a commencé à augmenter chez les Américains à revenus élevés grâce à la formidable progression des marchés boursiers. Mais, à l’inverse, elle s’est dégradée chez les consommateurs à faibles revenus, épuisés par une inflation plus élevée. L’Institut Gallup révèle également que la part des consommateurs qui se disent dans une situation défavorable à cause de l'inflation a grimpé depuis la pandémie, passant de 10% (entre 2005 et 20021) à 40% depuis la guerre en Ukraine.   

La Réserve fédérale commence également à douter de la valeur des prévisions des enquêtes. Comme le disait l'ancien président Jerome Powell, les Américains continuent d'exprimer des opinions « pessimistes » sur l'économie « puis d'aller acheter une nouvelle voiture ».  

Les résultats pessimistes des enquêtes de confiance reflètent sans aucun doute une certaine forme de frustration face aux véritables failles d'un système que beaucoup considèrent comme favorable aux plus riches et aux grandes entreprises. Ainsi, tant que le système financier ne changera pas au profit d’une plus grande équité, les enquêtes sur le sentiment économique continueront à perdre de leur pouvoir prédictif.