La Chine compte reprendre le contrôle de ses finances publiques
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Le monde se transforme. Grâce à sa mainmise sur les terres rares, la Chine semble particulièrement bien positionnée pour répondre aux enjeux globaux actuels. Néanmoins, le pays se trouve confronté à la nécessité de garder ses finances publiques sous contrôle. Bienvenue dans le monde des pays développés !
La Chine et ses finances publiques
On parle beaucoup de la vigueur de l’économie en Chine mais rarement de l’état de ses finances publiques. La situation semble pourtant en train de changer. Cette année, le pays prévoit en effet d'embaucher le plus grand nombre de responsables fiscaux depuis plus d'une décennie. La raison ? Pékin tente de lutter contre un déficit budgétaire croissant et une dette qui s’envole. Rendre la Chine plus durable sur le plan budgétaire est un défi majeur pour le gouvernement du président Xi Jinping, qui augmente depuis au moins 5 ans les dépenses pour stimuler la faible consommation. Cette politique s’inscrit dans un contexte de récession immobilière, couplé à des mesures de répression sur la perception des redevances qui ont laissé de nombreuses autorités locales désespérément à court de liquidité.
Recrutements massifs de fonctionnaires
Les départements fiscaux des gouvernements centraux et locaux prévoient de recruter plus de 25.000 personnes en 2026, une quatrième année d’embauches massives de fonctionnaires. Ces recrutements visent à palier le départ à la retraite de nombreux fonctionnaires recrutés dans les années 80. Dans ce pays vieillissant, l’âge de pension est à 55 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes.

La Chine doit surveiller ses finances car le déficit et la dette grimpent. Le pays doit réformer son système de collecte des impôts car de nouvelles industries sont apparues, créant de nouvelles bases fiscales qui peinent à se traduire en recettes réelles sans réforme profonde.
Capter les recettes de l’IA en impôts
Le gouvernement central intensifie dès lors ses efforts pour collecter des recettes issues de l'économie numérique en forte expansion et jusque-là peu taxée, en particulier dans des domaines comme le commerce en ligne et le livestreaming. Le secrétaire général d'une association de fonctionnaires fiscaux a déclaré que l'augmentation du nombre de personnes générant un revenu imposable grâce à de telles activités avait rendu intenable l'ancien modèle du pays, qui consistait à assigner un seul responsable pour gérer des contribuables spécifiques. Selon lui, il faut de nouvelles recrues compétentes en comptabilité et en analyse de données par IA pour gérer l'important travail fiscal lié à l'économie en ligne en pleine croissance.
Les autorités fiscales ont également annoncé des mesures visant à renforcer la collecte des impôts et réduire l'utilisation des allégements fiscaux pour les entreprises par les gouvernements locaux, accusés d'alimenter la surcapacité industrielle. Les autorités élargissent en outre l'assiette fiscale en captant davantage auprès des gros revenus, y compris ceux réalisant des plus-values sur des investissements offshore. Selon un article paru cet été dans le Financial Times, les investisseurs chinois disposant de portefeuilles à l'étranger doivent désormais subir une taxe de 20% sur leurs revenus mondiaux.
Economie intérieure moribonde
Les recettes fiscales de la Chine ont beaucoup fluctué ces dernières années, en ligne avec le marasme de la demande intérieure et la perte de confiance des citoyens depuis le Covid. Le chômage des jeunes est très élevé et la consommation en berne. La direction du parti communiste appelle depuis le mois d’octobre à de nouvelles réformes dans le cadre du plan économique du pays pour les 5 années à venir. Dans une mesure politiquement sensible, Pékin envisage de prendre une part plus importante de la collecte fiscale des autorités locales, qui ont été durement touchées par la récession immobilière qui dure depuis des années et qui les a privées de revenus cruciaux issus de la vente de terrains. Les revenus des gouvernements locaux ont également été réduits par une décennie de campagnes menées par Pékin pour diminuer les taxes et redevances. Il ne faut pas oublier non plus que la crise du marché immobilier chinois a provoqué un effondrement des recettes des collectivités locales et a fait tomber le grand promoteur Evergrande il n’y a pas si longtemps, provoquant une onde de choc sur les marchés mondiaux.
Le monde entier a les yeux rivés sur la Chine, qui détient 60% des terres rares de la planète et 90% des capacités de raffinage de ces terres rares. Voilà qui place le pays en très bonne position pour l’avenir. Cependant, il est frappant de constater que le spectre de la gestion des finances publiques plane à présent sur le pays ! Une dette galopante, un déficit abyssal et une nécessité de réformer pour tenter de garder le contrôle.
Bienvenue dans la réalité des pays développés !
