L'IA : moteur de l'économie ?
L'an dernier nous révélait déjà l’impact positif évident des investissements dans l’IA sur la croissance américaine. Aujourd'hui, les récents chiffres de la Banque nationale de Belgique sur les investissements réalisés en 2025 dans notre pays confirment une tendance positive similaire. En outre, les entreprises et particuliers belges dépensent de plus en plus pour accéder aux LLM les plus performants.
L’économie américaine profite largement de l’expansion de l’IA
Le graphique ci-dessous montre la contribution à la croissance des investissements dans les logiciels, les centres de données, les infrastructures électriques et le matériel informatique aux États-Unis. Ensemble, ceux-ci ont représenté environ 1 point de pourcentage de la croissance annuelle du PIB au deuxième trimestre 2025. Au premier trimestre 2026, cette contribution s’élevait encore à 0,73 point. À noter : sans la correction pour les importations d’ordinateurs et de matériel connexe, ce dernier chiffre aurait atteint 1,18 point. En effet, une grande partie du matériel lié à l’IA est produite hors des États-Unis.

Et en Belgique ?
Les auteurs du graphique adoptent une approche plus large que celle de Jason Furnam. Cet économiste américain avait calculé l’année dernière que les dépenses liées à l’IA avaient contribué à presque toute la croissance du premier semestre 2025. Il avait retenu les ordinateurs et le matériel, les télécommunications ainsi que les logiciels/bases de données comme actifs pertinents, et évalué les montants investis.
Sur la base des dernières données mises à jour par la BNB, nous pouvons reproduire cet exercice pour la Belgique. Il en ressort qu’en 2025, dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles, l’IA a contribué à hauteur d’environ 0,2 point de pourcentage à une croissance totale de 1%. Un léger ralentissement par rapport à 2024, mais toujours significatif, surtout en comparaison avec la contribution totale des investissements des entreprises.

Comme aux États-Unis, il faut tenir compte du fait qu’une grande partie des biens d’investissement n’est pas produite localement. Les importations associées, pour lesquelles aucune donnée publique n’est actuellement disponible, doivent être déduites pour évaluer l’effet net sur la croissance économique. Un point qui s’applique également aux investissements « classiques » des entreprises.
L'adoption de l'IA en Belgique
Il est clair que l’intelligence artificielle a un impact croissant sur l’économie belge. Selon Statbel, 34,5% des entreprises utilisaient déjà au moins une technologie d’IA en 2025, contre seulement 13,8% deux ans plus tôt. Dans les grandes entreprises, cette proportion atteint même environ 75%. Les applications d’analyse de texte écrit sont particulièrement populaires : près d’un quart des entreprises les utilisent. Ces chiffres concernent les entreprises comptant au moins 10 travailleurs.
L’impact de cette adoption rapide sur le marché du travail reste pour l’instant incertain. Une étude récente de Gert Bijnens, Anders Humlum et Stijn Vanormelingen offre déjà matière à réflexion. Les chercheurs montrent, sur la base de données belges, que les investissements dans de nouvelles machines génèrent surtout une demande supplémentaire de travailleurs hautement qualifiés chez les fournisseurs externes, et bien moins dans les entreprises investisseuses elles-mêmes. Avec l’IA, nous pourrions observer quelque chose de similaire : les entreprises n’auraient pas nécessairement besoin d’embaucher des spécialistes de l’IA si elles peuvent accéder à cette technologie via des prestataires externes.
Les entreprises mettent la main à la poche… et les ménages aussi
Nos propres données de paiement montrent également l’importance croissante de l’IA. Nous avons analysé les paiements des clients professionnels de BNP Paribas Fortis aux fournisseurs de modèles et de services d’IA. Des différences sectorielles marquées apparaissent. Cela avait déjà été le cas lors de la précédente révolution numérique, il y a quelques années. À l’époque, il avait fallu beaucoup plus de temps aux entreprises de construction et à l’hôtellerie-restauration pour qu’un site web devienne la norme, tandis que les entreprises numériques (développeurs de logiciels, consultants IT, etc.) étaient en avance sur les autres. Aujourd’hui, ce sont ces mêmes entreprises numériques qui effectuent le plus souvent des paiements aux deux principaux fournisseurs de modèles. Au cours des 12 derniers mois, le montant dépensé par les entreprises belges de notre échantillon à cet effet a même été multiplié par 4.
Il est frappant de constater que la même évolution se dessine désormais chez les clients particuliers. Le graphique ci-dessous montre le pourcentage d’individus analysés qui paient pour accéder aux modèles de l’un des deux fournisseurs. Là aussi, on observe une forte hausse sur les 12 derniers mois. Toutefois, cette proportion reste bien inférieure à celle des paiements pour des abonnements de streaming vidéo ou audio.

L’IA semble ainsi gagner du terrain non seulement sur le lieu de travail, mais aussi dans la vie quotidienne. De plus en plus d’utilisateurs semblent prêts à payer pour des applications qui, il y a quelques années à peine, n’existaient presque pas. Un fait que les constructeurs de LLM mettent naturellement en avant lorsqu’ils promeuvent leurs prochaines introductions en Bourse.
