Sur les marchés, l’histoire se répète rarement
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- Les marchés financiers viennent de subir de fortes secousses mais les investisseurs semblent finalement plutôt sereins.
- Les exemples des crises de 2020 et 2022 semblent indiquer que l’économie pourrait absorber rapidement un tel choc.
- Certains ont toutefois la mémoire plus courte que d’autres. La situation des finances publiques en 2026 n’est pas comparable à ce qu’elle était avant les chocs précédents.
Les marchés financiers viennent de subir de fortes secousses avec le conflit entre les USA et l’Iran qui a rapidement débouché sur un embrasement au Moyen-Orient et une flambée des prix de nombreuses matières premières, pétrole en tête.
Cette crise est arrivée sans qu’on la voie venir, comme souvent. Mais elle aura finalement été de courte durée au niveau des bourses, puisque la plupart des pertes enregistrées sur le mois de mars sont à présent effacées. La situation reste pourtant tendue, le détroit d’Ormuz est toujours largement bloqué à la circulation et les menaces de pénuries de carburant d’ici quelques semaines semblent bien réelles.
Pourquoi cette tranquillité au niveau des marchés boursiers ?
Serait-ce le sentiment qu’au niveau des marchés boursiers, les crises précédentes se sont rapidement effacées aussi bien en 2020 qu’en 2022 ? Ou le sentiment que les économies performent suffisamment bien pour que les risques de plongée en stagflation (récession combinée à une forte inflation) soient jugés suffisamment faibles ?
Difficile à dire au stade actuel, mais une chose est certaine : lors des crises précédentes, en ce compris celle de 2008, les banques centrales et les gouvernements étaient intervenus de manière extrêmement vigoureuse pour « empêcher » le navire de couler. Les injections de liquidités avaient été énormes, au point de multiplier par 9 la taille des bilans des banques centrales. De leur côté, les gouvernements avaient pioché dans les fonds publics au point d’augmenter les ratios de dette publique de plus de 20% du PIB dans de nombreux pays.
Après les interventions massives, place à l’austérité
Toute médaille ayant son revers, ces politiques nous avaient plongé dans l’aire des taux d’intérêt négatifs en Europe. Nous payons aussi aujourd’hui le prix des dérapages budgétaires qui limiteront pour un bon moment la marge de manœuvre des autorités : les discussions sur les éventuels moyens pour limiter le choc de la flambée du prix de l’énergie sur le pouvoir d’achat illustrent très bien ces temps d’austérité forcée.
Aujourd’hui, si l’optimisme règne au niveau des bourses, c’est une autre histoire pour les marchés obligataires qui semblent redouter une hausse inévitable de l’inflation qui risquerait de provoquer les mêmes dégâts qu’en 2022. Le choc avait alors été très violent après des années sans inflation.
Banques centrales rouillées
À l’époque, la lenteur des banques centrales à réagir avait provoqué une vraie panique sur ces marchés : en quelques semaines, les taux à 10 ans étaient passés de 0% à 3% en Belgique et de 1% à 4% aux États-Unis.
Relativiser ces craintes
Ces craintes sont à relativiser aujourd’hui car l’histoire se répète rarement. En 2022, lorsque l’inflation s’est brusquement emballée, cela faisait pratiquement 50 ans qu’on n’avait pas connu une situation similaire. Il faut en effet remonter au second choc pétrolier de 1979 pour retrouver une telle hausse des prix. On comprend dès lors qu’en 2022, les réflexes étaient sans doute un peu rouillés et il a fallu que les chiffres d’inflation atteignent des niveaux astronomiques pour que les banques centrales se décident à agir. Aux USA, l’inflation est passée de pratiquement 0% à 9% entre 2021 et 2022 sans que la Fed ne bouge, tandis qu’en Europe, la BCE a attendu que l’inflation atteigne 10% pour commencer à remonter ses taux directeurs.
Parions qu’il faudra attendre nettement moins longtemps cette fois, ce qui est plutôt rassurant !
