Votre roman du moment : écrit par un humain ou généré par l'IA ?

5 min

L'automne offre souvent l’occasion de plonger dans cette pile de livres accumulés sur votre table de chevet. Vous êtes-vous déjà demandé combien de ces romans ont encore été écrits exclusivement par un humain ? Une étude récente sur le marché américain du livre suggère que l’IA intervient désormais bien plus qu'on ne le pense. Avec des conséquences économiques qui touchent aussi les auteurs n’utilisant pas ces outils.

1 livre sur 3 contient de l'IA

Tuhin Chakrabarty et son équipe ont analysé 14.419 œuvres de fiction, principalement auto-publiées sur Amazon entre 2023 et mars 2026. Ils ont procédé à un examen intégral des textes en utilisant Pangram v3.3, un outil qui évalue, chapitre par chapitre, les fragments de texte non classés comme « écrit par un humain »¹.

Trois catégories ont été établies sur la base de cette analyse : les livres sans texte généré par l'IA (0%), ceux avec une utilisation « modérée de l'IA » (entre 0 et 25% du contenu) et ceux classés « IA intensif » (plus de 25%). Il s’agit d’une classification statistique, et non d’une déclaration explicite des auteurs sur leur usage de ces outils.

Les résultats révèlent que 62,9% des livres analysés ne contiennent aucune trace d’IA. Parmi les autres, 17,1% relèvent de la catégorie « IA modérée », tandis que 20% sont considérés comme « IA intensif ». Au total, plus d’un livre sur trois (33%) intègre donc une forme de texte généré par l'intelligence artificielle. Pourtant, cette présence ne se traduit pas par un succès commercial. Les œuvres à « IA intensif » ne représentent que 12,1% des exemplaires vendus et 11,3% du chiffre d’affaires total. À l’inverse, les livres sans IA détectée (62,9% des titres) captent 71,7% des ventes.

Graphique 1. Part des titres, ventes et revenus par catégorie.

Source : Chakrabarty et al., 2026, fig. 1C, p. 4

L’ascension des robots-littéraires

Les huit genres étudiés affichent tous une hausse marquée des œuvres à « IA intensif ». Cette progression est particulièrement nette dans les romans policiers sentimentaux, la science-fiction et les thrillers, où l’adoption de l’IA s’avère la plus prononcée. À l’inverse, la fantaisie et l’horreur restent moins concernées. Le graphique ci-dessous illustre la part des nouveaux titres à « IA intensif », genre par genre.

Graphique 2. Part des nouveaux titres à « IA intensif » (2023–2026).

Source : Chakrabarty et al., 2026, fig. 1A, p. 4

Plus de livres, moins de revenus

Le nombre de titres vendus au moins une fois par trimestre a été multiplié par 19,2 depuis 2023… mais les revenus n’ont progressé que de 8,9 fois. Conséquence : la rentabilité moyenne par livre chute, y compris pour les œuvres sans IA détectée (baisse dans 7 des 8 genres).

Un cas extrême ? Un auteur sous pseudonyme (Coral Hart) aurait publié plus de 200 romans en un an, générant 643.000 dollars américains de revenus bruts avec un seul titre à « IA intensif ».

Et vous, serez-vous bientôt sensible au label livre « 100% fait main » ?

A lire absolument !

À propos, vous cherchez encore une lecture captivante ? Prenez le temps de découvrir Neal Stephenson, incontournable et inégalé. Il publie justement en ce moment « D: Heavy Water », la suite tant attendue de « Polostan ».

Dans cette trilogie, Stephenson braque son projecteur sur les événements clés du début du XXe siècle, ceux qui ont conduit à la naissance – et à l’usage – des armes nucléaires. Tout ce qu’il écrit porte sa griffe : des personnages fascinants, des rebondissements haletants, un humour mordant et une avalanche d’idées qui ne laisse personne indifférent. Un incontournable !