L’impact d’une vague bleue se fera surtout sentir à partir de 2029
Les résultats des élections de mi-mandat américaines du 3 novembre semblent déjà écrits. Les marchés prédictifs donnent aux Démocrates environ 90% de chances de remporter la Chambre des représentants et entre 60 et 70% pour le Sénat. Affaire classée.
La peste ou le choléra
Historiquement, un basculement de majorité lors des élections intermédiaires n’a rien d’exceptionnel. Depuis 1946, le parti du président en place a perdu sa majorité à la Chambre à 7 reprises sur 12 scrutins. Les électeurs ne se tournent donc pas vers les Démocrates par adhésion, mais par pragmatisme : leur portefeuille parle pour eux. L’essence coûte plus de 4 dollars le gallon, le diesel dépasse les 6 dollars. Et plus de la moitié des Américains rejettent les deux partis. Il s'agit pour eux de choisir entre la peste et le choléra.
Qui reconnaîtra les résultats ?
Plus que le verdict des urnes, c’est l’après-vote qui promet d’être tendu. 6 Américains sur 10 estiment que Donald Trump ne reconnaîtra pas une victoire démocrate. Plus celle-ci sera nette, moins elle sera contestable. Une marge étroite, en revanche, ouvrirait la porte à des batailles juridiques, et le moment serait plus que mal venu. Le Congrès doit adopter le budget avant le 11 décembre, sous peine de shutdown. Trump et Xi doivent se rencontrer les 18 et 19 novembre à Shenzhen, puis à mi-décembre à Miami. Tout report mettrait en péril l’accord commercial entre les deux pays, qui expire le 10 janvier. Une bonne nouvelle, cependant : lors du dernier shutdown prolongé (43 jours à l’automne 2025), les marchés avaient largement ignoré la crise.
Pas de hausse d’impôts avant 2029
Une victoire démocrate préfigure-t-elle déjà la présidentielle de 2028 ? Depuis 1994, le parti contrôlant la Chambre après les élections intermédiaires a remporté la Maison-Blanche dans 6 cas sur 8. Avec une dette publique au plus haut depuis la Seconde Guerre mondiale, un déficit d’environ 6% du PIB et des charges d’intérêts en hausse, les économies et les hausses d’impôts deviennent inévitables. L’impôt sur les sociétés pour les entreprises du S&P 500 a presque été divisé par 2 au cours des 35 dernières années, passant à 20%, tandis que la marge nette de l’indice a triplé. Cette tendance pourrait s’inverser.
Nul besoin cependant de bouleverser son portefeuille dès demain. Tant que Donald Trump occupera la Maison-Blanche, jusqu’en janvier 2029, aucune hausse d’impôt ne sera adoptée. Il dispose du droit de veto, et son contournement nécessite une majorité des 2 tiers dans les 2 chambres. Jusqu’à cette date, c’est plutôt l’inverse qui risque de se produire. Un Congrès divisé sous une présidence républicaine a historiquement conduit à plus de dépenses. Selon nos collègues de New York, le déficit pourrait atteindre 7 à 8% du PIB en 2027-2028, poussant le rendement des obligations américaines à 10 ans encore 0,65 point de pourcentage plus haut. La note sera donc reportée après 2028… et elle sera salée. Wall Street pourrait ne commencer à l’anticiper qu’à partir de début 2028, lorsque les primaires battront leur plein. En attendant, les solides bénéfices des entreprises soutiennent les marchés.
Le balancier des régulations oscille
Jusqu’aux années 1990, les États-Unis imposaient des règles plus strictes que l’Europe en matière de santé, de sécurité et d’environnement. Puis la tendance s’est inversée. Aujourd’hui, le balancier pourrait repartir dans l’autre sens. Près de 70% des Américains s’opposent aux géants de la Tech, et la méfiance envers l’industrie pharmaceutique et les data centers est désormais bipartisane. Une loi globale sur l’IA ou un moratoire national sur les data centers avant 2029 semble peu probable. Mais le sentiment autour de l’industrie de l’IA, pilier de l’économie américaine, se dégrade. Le secteur pharmaceutique doit aussi s’attendre à des questions pressantes : les Américains paient en moyenne 2,8 fois plus cher leurs médicaments que les habitants des autres pays de l’OCDE.
L’Europe, elle, avance lentement – très lentement – dans la direction opposée. Elle permet à des groupes de pays membres d’avancer à des rythmes différents et veut, avec un « 28e régime », EU Inc., faciliter l’activité des entreprises à travers toute l’Union. Cela pourrait-il susciter un regain d’intérêt pour les actions européennes ? Ce n’est pas impensable. À terme, l’avantage relatif des actions américaines pourrait s’éroder. Pas de tsunami, mais une vague progressive qui prendra de l’ampleur.
Les droits de douane vont perdurer
Les entreprises européennes surveillent aussi l’impact sur le commerce. Le 20 février 2026, la Cour suprême a statué que la loi d’urgence IEEPA ne fournissait pas de base légale pour des droits de douane généralisés. Les taxes temporaires de la Section 122, expirées en juillet, ont été remplacées par des droits de douane au titre de la Section 301, fondés sur une accusation pour le moins surprenante : les partenaires commerciaux ne lutteraient pas assez contre… le travail forcé ! Résultat : l’Europe paie 10% de droits de douane sur la majorité de ses exportations, et jusqu’à 15% sur les voitures et les médicaments brevetés. L’acier et l’aluminium restent encore plus lourdement taxés.
La fin des droits de douane n'est pas pour demain. Ils rapportent gros et réduisent le déficit. Leur suppression par un président démocrate en 2029 nécessiterait une hausse compensatoire des impôts intérieurs, mesure peu populaire, même si ce sont surtout les classes moyennes qui en supportent aujourd’hui le coût via des prix gonflés.
Deux années de tensions
Au cours des deux prochaines années, Washington connaîtra des tensions latentes et des blocages : peu de nouvelles lois, mais une profusion de décrets, de procédures judiciaires et de conflits budgétaires. Si les résultats sont acceptés, les marchés ne connaitront pas de tsunami, mais plutôt une mer bien agitée. La vraie vague déferlera plus tard : si les États-Unis penchent vers un président démocrate en 2029, les marchés commenceront à anticiper les hausses d’impôts et les nouvelles régulations au cours de l’année 2028.
