Dette publique : la Belgique perd-elle la confiance des marchés ?

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Pas un jour ne passe en Belgique sans évoquer le problème de nos finances publiques. Le conclave budgétaire approche et les débats vont bon train : baisse des dépenses mais lesquelles ? Hausse des impôts, mais lesquels ? 

Tout le monde le sait, le nœud du problème réside dans la gestion hasardeuse des finances publiques, et ce depuis longtemps. Un ménage ou une entreprise qui gèrerait son budget de la même manière se retrouverait vite en difficulté.  

Explorons le passé pour voir si la Belgique a déjà connu une situation budgétaire aussi préoccupante.

Les années 90 et les critères de Maastricht

Les plus âgés d’entre nous se souviennent des années 90 et des débats sur la monnaie unique. Pour pouvoir en faire partie, il fallait répondre à toute une série de critères : les fameux « critères de Maastricht », dont celui de maintenir des finances publiques sous contrôle. On avait établi à l’époque que le déficit budgétaire ne devait pas dépasser 3% du PIB et que la dette publique devait « converger suffisamment vite » vers le niveau de 60% du PIB. Ce dernier critère parait aujourd’hui bien utopique, mais à chaque époque ses standards et ses rêves… 

Toujours est-il que la Belgique, qui voulait absolument faire partie de l’aventure « monnaie unique », avait alors été capable de ramener son ratio de dette publique en pourcentage du PIB de 140% à 90% en quelques années ! Un exploit qui laisse songeur… On sait bien qu’à l’époque, on a usé de certains artifices en vendant des « bijoux de famille » et arrangeant un peu les chiffres. Mais le résultat était là et c’est ce qui comptait. Les marchés y ont cru et la Belgique a pu rejoindre l’aventure de la monnaie unique dès le début. Ouf !  

La meilleure preuve de cette confiance s’illustre par l’écart entre les taux à 10 ans sur la dette belge et les taux allemands. Un écart passé de 133 points de base en 1993 (la Belgique payait donc 1,3% de plus que l’Allemagne pour s’endetter à 10 ans) à -24 points de base en août 1997. Il est d’ailleurs resté inférieur à 20 points de base jusqu’à la veille de la crise financière à la mi-2008. La confiance était donc bien au rendez-vous !  

Depuis la crise financière de 2008 et le Covid, les États du monde entier se sont mis à dépenser toujours plus, et se sont embourbés dans des situations où les recettes ne suivaient pas. La Belgique n’a pas fait exception, ce qui nous conduits là où nous sommes aujourd’hui : la dette se dirige tout droit vers 110% du PIB et le déficit dépasse les 5% du PIB. Les marchés braquent à nouveau leurs projecteurs sur la Belgique et ses mauvais chiffres. 

L’écart avec les taux allemands

L’écart entre taux belges et taux allemands est reparti à la hausse dès 2008, atteignant même le sommet de 363 points de base en pleine crise des dettes souveraines européennes en novembre 2011. Il faudra attendre 2015 pour qu’il redescende à 50 points de base, niveau toujours d’actualité d’ailleurs.  

La morale de l’histoire

Quand on veut réduire la dette et le déficit, on peut.  

L’autre morale? La confiance envers la gestion de la dette en Belgique n’est plus aussi bonne que dans les années 90. Néanmoins, compte tenu de l’écart de taux, il n’est pas encore question de crise. On sait cependant que la volatilité s’est accrue car les mauvaises nouvelles voyagent à la vitesse des réseaux sociaux. Il ne faut pas jouer avec le feu : aujourd’hui, 60% de la dette belge est détenue par des investisseurs étrangers qui pourraient décider de revendre leurs actifs en cas de doute. Après tout, les taux à 10 ans approchent les 4% et la croissance du PIB reste bien trop faible. La question de la soutenabilité de notre dette est au coin de la rue !