Comprendre la dette publique belge en 9 questions

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La Belgique dépense structurellement plus qu’elle ne reçoit. En conséquence, le déficit budgétaire se creuse et la dette publique augmente. Parallèlement, le financement de cette dette coûte de plus en plus cher. Si nous n’intervenons pas à temps, les marchés financiers risquent de nous contraindre à prendre des mesures beaucoup plus strictes plus tard.

Les faits marquants :

  • Sans mesures additionnelles, le déficit budgétaire belge et la dette publique continueront d’augmenter.   
  • La hausse des taux d’intérêt est l’une des causes principales de l’augmentation de la pression budgétaire.   
  • Le vieillissement de la population et la hausse des coûts de santé s’ajoutent à une équation déjà complexe.   
  • Le premier objectif doit viser la stabilisation de la dette publique. Un dégonflement rapide n’est pas réaliste.   
  • Une intervention rapide et progressive sera moins douloureuse que des mesures drastiques dictées par les marchés financiers. 

Quelles règles européennes la Belgique doit-elle respecter ?

Selon les règles européennes, le déficit budgétaire ne peut pas dépasser 3% du produit intérieur brut (PIB). En principe, la dette publique ne peut pas dépasser 60% du PIB. 

À l'heure actuelle, la Belgique ne remplit aucune de ces conditions. C’est pourquoi la Commission européenne exige de notre pays un effort structurel annuel minimum de 0,5% du PIB pour résorber le déficit. 

Des taux d’intérêt plus élevés et une croissance économique plus lente risquent de nous écarter de cette trajectoire. Pour rester sur la bonne voie, le Comité de Monitoring estime qu’il faut trouver un peu plus de 7 milliards d’euros via des mesures structurelles supplémentaires d’ici 2029. D’ici 2031, ce montant atteindra environ 10 milliards d’euros.

Que se passe-t-il si la Belgique n’intervient pas davantage ?

Aujourd’hui, le déficit atteint un peu plus de 5% du PIB. Sans interventions supplémentaires, ce chiffre pourrait grimper à 5,8% en 2029 et 6,2% en 2031. Ce seraient les pires chiffres de toute l’UE.    

La dette publique continuera également d’augmenter. D’ici la fin de 2026, le ratio de la dette devrait atteindre environ 108% du PIB. Sans ajustements, elle pourrait grimper à 117% en 2029 et 123% en 2031. Plus la dette est élevée, plus nous devons emprunter et plus notre charge d’intérêts s'alourdit.

Pourquoi le déficit budgétaire augmente-t-il ?

D’une part, depuis 2013, les recettes publiques sont passées de 52,7% à 49% du PIB, soit 22 milliards d’euros de rentrées en moins.    

La Belgique taxe lourdement les revenus professionnels. Conséquence indirecte : les travailleurs cherchent des moyens légaux de payer moins d’impôt sur leurs revenus, par exemple en travaillant via une société de management. Ce phénomène explique en grande partie la baisse des recettes publiques.    

Par ailleurs, les taux de TVA pour certains secteurs et les contributions des employeurs ont été allégés afin de promouvoir l’emploi et la compétitivité des entreprises. Cela réduit encore l'assiette fiscale. 

D’un autre côté, nos dépenses augmentent.    

Replongeons dans l’histoire. Au début des années 1980, les finances publiques belges étaient également très vulnérables. Les taux d’intérêt sont alors montés à 15 à 16 %. Un effet boule de neige négatif a commencé à se produire (voir ci-dessous) et nous avons dû réaliser d’importantes économies pendant des années pour maîtriser la situation. Entre le début des années 1980 et les années 1990, les dépenses publiques primaires (toutes dépenses hors intérêts) sont passées d’environ 51% du PIB à 40%.   

À partir des années 90, la situation a changé. Les taux d’intérêt ont fortement chuté, entraînant une baisse annuelle des charges d’intérêt d’une année sur l’autre, passant d’environ 11% du PIB à 1,6% en 2022. Le gouvernement a profité de cette marge de manœuvre financière inattendue pour gonfler à nouveau ses dépenses principales. Aujourd’hui, elles se situent autour de 52,2% du PIB. En d’autres termes, la baisse des taux d’intérêt a servi à distribuer des cadeaux pendant des décennies. Avec la hausse des taux d’intérêt depuis 2020, il faut à nouveau resserrer la ceinture.

Pourquoi la hausse des taux d’intérêt constitue-t-elle un risque si important ?

Le taux d’intérêt moyen sur la dette publique augmente progressivement. À mesure que les anciens prêts arrivent à échéance et doivent être refinancés à ces taux plus élevés, la charge d’intérêts augmente petit à petit.    

Cette charge d’intérêt annuelle pourrait passer de 1,6% du PIB en 2022 à environ 3% en 2030. Le contexte des taux a en effet opéré un virage à 180 degrés au cours des dernières décennies. Nous devons donc non seulement éviter l'explosion de nos autres dépenses, mais aussi dégager des marges pour payer cette facture d’intérêts toujours plus salée. 

Quel est l’effet boule de neige négatif ?

Pour maintenir sous contrôle le ratio de la dette – dette publique totale par rapport au PIB nominal –, la différence entre le taux d’intérêt moyen qu’un État paie sur sa dette publique et la croissance nominale de l’économie (y compris les hausses de prix) est crucial.   

Si les intérêts sur la dette en cours augmentent plus rapidement que l’économie, un effet boule de neige négatif pourrait survenir. Sans budget équilibré, la dette publique augmentera alors rapidement et notre pays devra emprunter davantage pour refinancer sa dette.   

La Belgique est de nouveau proche de ce point de bascule dangereux que nous avons franchi au début des années 80.

Quel rôle joue le vieillissement de la population ?

Outre la hausse des taux d’intérêt, nous faisons face à des dépenses plus élevées en raison du vieillissement de la population, notamment dans le domaine des retraites et des soins de santé pour les baby-boomers, la plus grande génération d’après-guerre.     

Les estimations précédentes supposaient une augmentation des coûts du vieillissement d’environ 3,5% du PIB d’ici 2060. Les réformes auraient déjà réduit ce chiffre à environ 1,6%. Pour y parvenir, cependant, les mesures prévues doivent être pleinement mises en œuvre. Cela inclut des ajustements des pensions, des carrières plus longues et un taux d'emploi plus élevé. Néanmoins, le plus grand défi consistera à maîtriser les dépenses de santé. 

Un taux d’emploi plus élevé peut-il aider ? 

Un taux d’emploi plus élevé fait partie de la solution. Les dépenses de sécurité sociale diminuent et les cotisations augmentent. La Belgique affiche un taux d’emploi d’environ 76% pour les 25-64 ans. Dans certains pays européens, ce taux approche 84%. Notre gouvernement vise 80% d’ici la fin du mandat. C’est trop optimiste, mais mieux vaut se montrer trop ambitieux que pas assez.

Les marchés financiers peuvent-ils contraindre la Belgique à intervenir ? 

Un gouvernement peut emprunter de l’argent tant que les investisseurs sont prêts à acheter ses obligations. Lorsqu’ils commencent à douter de la politique budgétaire, ils peuvent exiger des taux d’intérêt plus élevés.   

C'est exactement ce qui s’est produit en 2022 au Royaume-Uni, lorsque la Première ministre sortante Liz Truss a annoncé des baisses d’impôts de l'ordre de 50 milliards de livres sterling. Les marchés financiers ont rapidement perdu confiance et ont fait bondir le rendement britannique à 10 ans de 3,2% à 4,4% en seulement 6 jours ouvrables. La Première ministre Truss a démissionné et les mesures annoncées ont été abandonnées. Cela montre à quelle vitesse les marchés obligataires peuvent forcer un gouvernement à modifier sa politique. 

La Belgique est-elle déjà sous pression ?

À l’heure actuelle, la Belgique peut encore rembourser sa dette sans aucun problème. Mais lorsque d’autres pays adoptent une politique budgétaire plus crédible, leurs obligations d’État deviennent plus attractives que les nôtres.   

Notre solvabilité a déjà été ajustée à la baisse en 2025 et 2026 par les 3 principales agences de notation. Nous devons donc convaincre ces agences et les marchés financiers que nous traitons sérieusement nos problèmes budgétaires.   

Le premier objectif est de stopper l’augmentation du déficit budgétaire et de stabiliser la dette publique autour de son niveau actuel. Une forte baisse de la dette publique n’est pas réaliste. Après tout, en plus du vieillissement de la population, nous devrons aussi faire face à des dépenses plus élevées pour la défense et la transition climatique, entre autres.

Conclusion 

Dans les années 1980, l’effet boule de neige négatif a conduit à environ 15 années de mesures d’austérité sévères. Nous avons ensuite eu droit à des sauts d’index, un plan d’économie de grande ampleur et des impôts de crise plus élevés. Si nous ne réformons pas maintenant de notre propre initiative, nous courons le risque de devoir intervenir beaucoup plus fermement plus tard sous la pression des marchés financiers. Autrement dit : avec le couteau sur la gorge.   

Au final, nous devons réajuster nos politiques. Nous ne pouvons pas dépenser sans compter, et certainement pas dépenser plus que ce que nous recevons. Cela ne signifie pas que nous devons abolir toutes les prestations ou dépenses publiques, mais plutôt les réaligner sur nos recettes.   

Plus nous attendons, plus l’adaptation sera difficile et douloureuse.