Le pétrole : de la géopolitique à l’état liquide
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Quand on pense pétrole, on pense immédiatement au carburant de sa voiture. Mais le pétrole est bien plus qu’un combustible. C’est aussi un instrument géopolitique, un outil de pouvoir, un levier dans les relations internationales. Et c’est précisément pour cela que le pétrole reste l’une des matières premières les plus stratégiques au monde, même dans un contexte de réduction de notre impact environnemental.
Ce qui rend le pétrole unique, c’est la combinaison de 3 propriétés : l’or noir est indispensable, négociable sur les marchés internationaux et inéquitablement réparti. Tous les pays n’en possèdent pas, mais tous en ont besoin. Cette situation crée une dépendance. Et toute dépendance revêt un caractère géopolitique.
Position dominante
Le pétrole occupe une position dominante sur les marchés et pèse à lui seul 30% de la consommation d’énergie à l’échelle mondiale. Le pétrole est peu utilisé pour produire de l’électricité (l’électricité elle-même représente 20 à 25% de la consommation énergétique mondiale), mais plutôt pour le transport (routier, aérien, naval) et l’industrie. Les autres sources d’énergie dominantes sont le charbon (24,6%) et le gaz (22,1%). Les énergies renouvelables – le solaire, l’éolien, l’hydraulique, etc. – représentent environ 14%. Les énergies renouvelables incarnent l’avenir. Mais le pétrole reste bien ancré dans le présent.
50 ans d’approvisionnement
Le Moyen-Orient concentre environ 50% des réserves de pétrole avérées de la planète. Les réserves mondiales de pétrole fluctuent autour de 1,6 trillion de barils. Au rythme actuel de 100 millions de barils consommés par jour, les réserves représentent théoriquement 45 à 50 ans d’approvisionnement. Bien sûr, de nouvelles découvertes sont encore possibles. Et la technologie n’est pas figée, comme le démontre le pétrole de schiste américain. De son côté, l’Europe importe actuellement 94,8% de son pétrole. Dans les années 1980 et 1990, le continent produisait encore 20 à 30% de sa propre consommation via la Norvège et le Royaume-Uni. Cette zone tampon a en grande partie disparu aujourd’hui.
Les États-Unis constituent un cas particulier. Le pays est à la fois le plus grand producteur mondial et celui qui protège militairement les zones pétrolières du Moyen-Orient depuis des années. Grâce à la révolution du schiste, la production américaine est passée de 5,8 millions de barils par jour en 2000 à 13,2 millions de barils par jour en 2024. Cette indépendance énergétique a considérablement augmenté la marge de manœuvre géopolitique des États-Unis.
Enjeux colossaux pour l’OPEP
L’OPEP reste un acteur important. Ce club des pays producteurs de pétrole présente toutes les caractéristiques d’un cartel. Avec l’OPEP+ (élargi entre autres à la Russie), ce groupe d’États peut influencer le marché mondial grâce à des accords de production. Tout-puissant ? Pas tout à fait car au final la demande détermine le prix. Mais certainement pas impuissant pour autant. Les enjeux sont énormes : selon l’Agence internationale de l’énergie, les pays de l’OPEP ont généré ensemble environ 550 milliards de dollars de recettes d’exportation de pétrole en 2024 — soit à peu près l’équivalent du PIB belge. Pour la plupart des pays du Golfe, les revenus du pétrole et du gaz représentent les quatre cinquièmes des recettes publiques.
Les conflits dans les régions pétrolières engendrent directement des répercussions mondiales. Le pétrole n’est peut-être pas le motif central de chaque guerre, mais il en alourdit les enjeux. Le détroit d’Ormuz, un étroit détroit entre l’Iran et Oman, en est l’exemple le plus frappant : 20% du commerce mondial du pétrole y transite chaque jour. Bloquez cette voie d’accès, et toute l’économie mondiale le ressent.
La leçon est simple, mais souvent sous-estimée : le pétrole détermine le coût des transports, le rythme de l’inflation, la richesse et la puissance des États, et le caractère explosif de certains conflits. Le pétrole n’est pas uniquement un produit. C’est de la géopolitique à l’état liquide.
