Qu'apportera 2016 ?

Pour ce dernier mois d'une année à nouveau bien remplie, Horizon a posé 3 questions à 3 éminents spécialistes de chez nous. Nous avons demandé à Peter De Keyzer, chief economist, à Philippe Gijsels, chief strategist, et à Marc Eeckhout, senior strategist, de répondre aux questions suivantes du point de vue de leur propre spécialité :

 

1. Quel sera le grand thème de 2016 ?

2. Qui seront les gagnants ?

3. Et qui seront les perdants ?

 

            P. De KeyzerP. GijselsM. Eeckhout

 

             Peter De Keyzer                     Philippe Gijsels              Marc Eeckhout

 

 

Quel sera le grand thème de 2016 ?

 

Peter De Keyzer (PDK) : La divergence dans l'économie mondiale sera le thème de 2016. Dans un premier temps, la divergence entre les pays émergents et les pays développés. Les pays émergents doivent faire face aux conséquences d'une baisse du prix des matières premières, d'une croissance plus faible en Chine et d'une hausse des taux d'intérêt aux États-Unis. Les pays industrialisés s'en sortiront bien mieux à ce niveau. Néanmoins, nous observerons tout de même des divergences. Le cycle conjoncturel des États-Unis touche clairement à sa fin, tandis que le redressement de l'Europe vient tout juste de commencer.

 

Philippe Gijsels (PG) : La Fed a relevé les taux pour la première fois en près de 10 ans et poursuivra probablement sur cette lancée en 2016. Cependant, les taux afficheront toujours des niveaux extrêmement bas à travers le monde. Le thème de 2016 reste donc la recherche de rendement. À côté de cela, les marchés resteront incontestablement très volatils et la corrélation – la mesure dans laquelle les actifs tels que les actions, les obligations convertibles et le dollar américain évoluent dans le même sens – demeurera particulièrement forte. C'est pourquoi 2016 sera une année présentant des défis hors normes pour quiconque souhaite réaliser des investissements rentables sans prendre de trop gros risques.

Toutefois, la forte volatilité offrira également plusieurs belles opportunités d'achat pour quiconque fait son devoir et est psychologiquement prêt à surfer sur les vagues du sentiment du marché.

 

Marc Eeckhout (ME) : L'Europe et l'euro. Le redressement économique de l'Europe se poursuit grâce à une forte demande interne, au soutien constant de la Banque centrale européenne et à la faiblesse structurelle du prix du pétrole. L'euro et les taux d'intérêt profitent de ces vents favorables avec tous les avantages qui en découlent à savoir un marché de l'emploi à la hausse, une forte augmentation de l'octroi de crédit, etc. Il n'y a actuellement que pour l'inflation que cela ne prend pas. Pour cela, de nouvelles mesures d'économies et de nouvelles réformes seront nécessaires. Les pays qui se seront acquittés de leur tâche à ce niveau seront clairement les mieux placés. Grâce à un meilleur contexte économique, il est possible d'investir dans des actions cycliques qui, après des années d'incertitude, enregistrent des valorisations au coût d'acquisition attrayantes. Après des années de sous-performance, les actions « alue » sont elles aussi intéressantes. Celles-ci vont peut-être se laisser porter par la marée économique montante.

 

 

 

Qui seront les gagnants de 2016 ?

 

PDK : En termes relatifs, les pays européens sont actuellement les gagnants. La politique budgétaire est moins austère qu'il y a quelque temps, la banque centrale a délivré de nouvelles mesures de soutien et le faible cours du change va soutenir la croissance. Il suffit de se tourner vers des pays comme l'Irlande, le Royaume-Uni, l'Espagne ou les Pays-Bas pour voir de belles réussites. Pendant des années, ces pays ont mené des réformes et procédé à des assainissements en grand nombre. Par conséquent, ils sont en pole position pour profiter des mesures qui doivent stimuler l'économie.

 

PG : Tout comme en 2015, nous préfèrerons les actions aux obligations. La croissance de l'économie mondiale reste raisonnable, la croissance des profits, positive, et la politique des banques centrales, souple. À cet égard, nous continuons de nous concentrer principalement sur l'Europe, où l'appréciation reste beaucoup plus intéressante qu'aux États-Unis. Un dollar américain fort, un prix du pétrole faible et, bien sûr, les liquidités que la BCE continue d'injecter dans le système, sont une bénédiction pour les bénéfices d'exploitation sur le vieux continent. Cependant, les États-Unis et le Japon ne doivent pas être absents d'un portefeuille d'actions bien diversifié. Dans le complexe d'actions, les actions à dividende restent un choix judicieux dans la recherche de rendement, tant pour les profils défensifs que pour les profils plus dynamiques.

 

En 2016 également, nous continuerons pour un temps de préférer les marchés plus matures aux marchés émergents. Dans les circonstances actuelles, la croissance de l'économie mondiale n'est pas assez forte pour faire pencher la balance. En 2015 déjà, nous avons constaté qu'un dollar fort et un taux d'intérêt à la hausse aux États-Unis n'étaient pas propices aux marchés émergents. La sélectivité reste donc de mise. Nous sommes en quête de pays qui présentent un élan de réforme positif sur le plan politique et qui profitent d'une baisse des prix des matières premières. Parmi les pays qui correspondent fort bien à ces deux critères, il y a par exemple l'Inde.

 

Cependant, la plus grande opportunité de marché se présentera si l'économie chinoise, les matières premières et les valeurs cycliques reprennent. Tous ces éléments font partie d'un seul et même marché, que les investisseurs ignorent complètement en ce moment. Il suffira d'une quantité minimale d'investissements dans ce sens pour que les cours fluctuent de façon spectaculaire. La question reste de savoir si cela se produira en 2016 ou plus tard. Les valorisations de ce que l'on appellera simplement le complexe cyclique sont déjà attrayantes sous une perspective historique. Mais l'élan du marché est encore fort décevant. Nous préférons d'abord voir une stabilisation avant d'envisager des acquisitions. On sait en effet d'expérience qu'on n'attrape pas un couteau qui tombe.

 

ME : Le durable est prometteur. Les investissements éthiques en font partie. Ces dernières années, de plus en plus de pays, d'entreprises et d'investisseurs se sont intéressés à cette thématique. Nous ne pouvons pas nier que la planète ne va pas très bien. La conférence de Paris sur le climat ouvre enfin des perspectives, mais il y a encore énormément de choses à faire. Beaucoup d'entreprises issues de secteurs variés répondent à cette nécessité en développant des solutions écologiques, des énergies renouvelables et de nombreuses autres innovations. Petit à petit, cela offre des possibilités d'investissement intéressantes.

 

 

Qui seront les perdants de 2016 ?

 

PDK : Les producteurs de matières premières connaîtront des difficultés pendant un certain temps encore. Les marchés émergents, qui avaient compté sur une forte croissance durable de la Chine, seront touchés. 2016 sera surtout une année difficile pour les pays qui combinent les deux : la production de matières premières et une économie de pays émergent. Ils seront victimes d'une faible croissance, de difficultés budgétaires plus importantes, voire d'une instabilité politique. Sur ce point, des pays tels que le Brésil seront en grandes difficultés. En revanche, un pays comme le Mexique, qui est beaucoup moins sensible aux matières premières et qui est impliqué de très près dans l'économie américaine, s'en tirera quant à lui beaucoup mieux.

 

PG : En Europe, les taux à court terme continueront de frôler le zéro pendant encore un bon moment. Si l'inflation reprend, même faiblement, conserver des liquidités (en trop grand nombre) est la façon la plus sûre de dévaloriser les dépôts d'épargne. En effet, l'inflation les érode quelque peu chaque année. L'épargnant est par conséquent presque contraint d'investir. D'un autre côté, les investissements les plus risqués, même s'il peuvent être/seront volatils, restent de cette façon bien soutenus. Cela revient donc à obtenir un rendement et à éviter les bulles, à des niveaux raisonnables. Les taux à long terme resteront eux aussi extrêmement bas. C'est pourquoi les effets publics présentent peu d'intérêt, surtout si leur durée est (trop) longue, car le rendement est alors trop faible par rapport au risque de taux (c'est-à-dire le risque que le taux se mette soudainement à augmenter).

 

ME : La mondialisation et les progrès technologiques de l'économie mondiale entraînent une concurrence accrue. De nombreuses entreprises établies devront faire face à de nouveaux concurrents qui opèrent souvent dans un contexte bénéficiant d'une réglementation moins stricte. Les petites entreprises souples présentant un modèle commercial intelligent menaceront les grands noms. Pensez à Uber dans le secteur des transports, à Airbnb dans le secteur de l'hôtellerie ou à Netflix dans le secteur des médias. En quelques années seulement, celles-ci se développent et passent de runner agressif à entreprise dominante avec une capitalisation colossale.

Il revient aux grandes entreprises de réagir comme il se doit. Grâce à l'innovation, à une politique tarifaire adaptée, etc. Certaines entreprises établies réussiront sans aucun doute à s'adapter, voire à en sortir plus puissantes. Les autres en subiront irrémédiablement les conséquences et seront désespérément à la traîne. Nokia est un exemple de la rapidité à laquelle cela peut se produire. Pour l'investisseur, il est important de miser sur les bonnes entreprises dans une répartition judicieuse sur les secteurs et les régions.