18/09/15

Décision de la Fed : Et soudain rien ne change!

Bien que la probabilité d'un relèvement des taux n'était hier estimée qu'à environ 30%, les marchés guettaient l'issue de la réunion de la Fed avec encore plus d'attention qu'à l'ordinaire.

 

 

De fait, il existait tout de même une probabilité raisonnable que le taux d'intérêt à court terme de la plus grande économie du monde décolle enfin, après 6 ans d'expansion. Le raisonnement des marchés, auquel nous souscrivions dans une certaine mesure, était que l'incertitude dont se double typiquement un tel premier relèvement était la cause de la nervosité et de la volatilité du marché. Et que donc un relèvement, tempéré par l'assurance que la suite du processus de durcissement se ferait très progressive, serait accueilli favorablement par le marché. De fait, une telle issue dissiperait dans une large mesure l'incertitude, le sentiment le plus abhorré par les marchés du risque.

 

Mais c'était compter sans Janet Yellen et les membres de la Federal Reserve. La Fed a en effet une nouvelle fois décidé de reporter le moment fatidique et de ne rien changer pour cette fois à sa politique en matière de taux d'intérêt. La raison invoquée pour ce énième report était que les événements en Chine et sur les marchés émergents avaient un léger impact négatif sur la relance américaine (qui se poursuit depuis entretemps 6 ans) et que la banque centrale n'était donc pas suffisamment convaincue que l'inflation évoluerait rapidement en direction de son objectif de 2%, notamment à cause de la faiblesse du prix du pétrole. Pour cette raison, Janet Yellen préconise d'attendre encore un peu.

 

Quelques questions, qui ont d'ailleurs également été abordées lors de la conférence de presse, s'imposent à présent. Les facteurs environnementaux négatifs pourront-ils dans les prochains mois être éliminés suffisamment que pour justifier un relèvement des taux en octobre ou en décembre? Pensons-nous que l'économie chinoise, et dans son sillage les marchés émergents, se remettront en si peu de temps de leur effondrement ? Les membres de la Fed n'en sont pas certains non plus. La plupart d'entre eux tablent encore sur un premier relèvement des taux en 2015, mais le nombre de ceux qui n'attendent cette intervention qu'en 2016 n'en a pas moins doublé : de 2 à 4. Sans oublier les dissidents. Jeffrey Lacker a pour sa part voté en faveur d'un relèvement immédiat de 25 points de base. A l'autre extrême, un membre était partisan d'un taux d'intérêt négatif. Le marché attribue pour l'instant une probabilité de 30% à l'hypothèse d'un relèvement en octobre, et de 50% au timing de décembre.

 

Autrement dit, nous revoilà au même point qu'avant la réunion de septembre. Un relèvement sera probablement opéré, mais nous ne savons pas exactement quand. La réaction plutôt modérée du marché, après de nombreux replis et rebonds, n'est donc pas illogique. Et c'est sans doute un avant-goût de ce qui nous attend dans les semaines à venir, dans la perspective d'une nouvelle réunion : beaucoup de nervosité et de volatilité, mais un marché qui ne choisit pas vraiment de direction.

 

Pour notre stratégie, cela signifie que nous resterons freinés par l'incertitude engendrée par la Chine et la Fed, et ce, en dépit des facteurs à long terme positifs : une économie relativement vigoureuse – surtout sur les marchés matures –, une politique monétaire accommodante (dont nous avons eu une nouvelle preuve hier) et des valorisations attrayantes. L'attitude expectative de la Fed se traduit aussi par un repli temporaire de l'USD. La remontée des taux d'intérêt américains constitue en effet l'un des éléments, en marge d'une poursuite de l'assouplissement de la politique monétaire européenne, sur lesquels repose notre vision d'un raffermissement du dollar en direction de 1,05. Cette évolution est à présent temporairement freinée.

 

Assurément, certains des pays émergents et leurs devises ne s'en plaindront pas. A cet égard, la décision prise hier par la Federal Reserve atténuera quelque peu la pression sur ces marchés émergents et leurs devises, ce qui était certainement pour une part l'objectif. Toutefois, comme certains des problèmes des pays émergents sont de nature structurelle et que la conjoncture économique est nettement plus favorable sur les marchés matures, et en particulier en Europe, nous continuons à préférer de loin les marchés occidentaux et le Japon.

 

Bref, la situation n'a pas vraiment changé, de sorte que nous ne modifions en rien notre stratégie, mais la volatilité et l'incertitude resteront probablement le lot des marchés pour un certain temps encore. Notre scénario de base table toujours sur un relèvement des taux en décembre, ce qui pourrait faire bonne figure dans le contexte d'un rallye de fin d'année.

 

 

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