29/02/2016

 

 

La parole est d'argent et le silence est d'or

 

Des taux d'intérêt et un euro en hausse, des actions en baisse: ce n'est sans doute pas le scénario que Mario Draghi avait imaginé au moment de faire déferler sur l'économie et les marchés une nouvelle vague d'assouplissement monétaire. Et cette fois, on peut difficilement lui reprocher de ne pas avoir vu assez grand ou de ne pas avoir tenu les « promesses » qu'il avait faites aux marchés il y a quelque temps.

 

Trois taux d'intérêt cruciaux ont à nouveau été abaissés, dont le taux de rémunération des dépôts de 10 points de base – désormais -0,4%. Peut-être d'aucuns avaient-ils secrètement espéré une réduction de 20 points de base, mais une intervention de cet ordre aurait de toute façon ravivé la crainte de l'impact d'un taux trop négatif sur la rentabilité du secteur bancaire. Un abaissement de 10 points de base était dès lors sans doute un juste milieu, d'autant que les TLTRO (emprunts octroyés à un taux avantageux par la BCE au secteur bancaire) referont leur apparition dès juin.

 

En plus de garantir la liquidité, on est en droit d'espérer que cette mesure fasse encore affluer des capitaux supplémentaires vers l'économie réelle sous la forme de prêts. Par ailleurs, si les interventions restaient peut-être un peu à la traîne par rapport aux attentes dans le domaine des taux d'intérêt, les mesures non conventionnelles les ont en revanche largement dépassées. Non seulement le montant des achats mensuels a été augmenté de plus que prévu (20 milliards EUR, portant donc le total mensuel à 80 milliards EUR), mais le « scope » (les types d'emprunts pouvant être achetés par la banque centrale) a également été considérablement élargi, englobant désormais aussi les obligations d'entreprises. Et là, on peut véritablement parler d'une surprise. La plupart des observateurs étaient en effet d'avis que pour une banque centrale, acheter des obligations d'entreprises (organismes non financiers) irait tout de même un peu trop loin.

 

Quant au fait que l'« échéance finale » du programme – actuellement mars 2017 – n'ait pour l'instant pas été reportée dans le temps, il n'aurait normalement pas dû gâcher le plaisir des taureaux vu qu'il suffirait de quelques coups de baguette de Mario le Magicien à l'approche de l'échéance pour résoudre le problème. Sans doute n'a-t-il pas voulu épuiser toutes ses munitions d'un coup, et se ménager l'opportunité de pouvoir, la prochaine fois que la nécessité s'en fera sentir, annoncer que les achats se poursuivront jusqu'à ce que l'objectif d'inflation – une inflation proche de 2%, mais légèrement inférieure, pourtant simple à première vue – soit atteint.

 

Dès lors, comment expliquer le soudain revirement des marchés, qui ont commencé par céder à l'euphorie avant de perdre aussi vite les gains engrangés, et plus encore? Comme toujours, il est particulièrement ardu de deviner ce qui se passe dans la tête et le cœur des investisseurs et des acteurs du marché. Cependant, on remarquera que le revirement s'est produit pendant la conférence de presse, lorsque le président de la BCE a déclaré que, sauf imprévus ou autres cadavres surgissant des placards, les taux d'intérêt ne devraient plus baisser davantage à l'avenir. Des paroles qui avaient quelque chose de définitif... qui donnaient l'impression que la poudrière des banques centrales commence à se vider et que le cycle baissier des taux – qui s'est en réalité amorcé dès 1982 – touche à sa fin.

 

Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura plus d'autres mesures d'assouplissement, mais bien que le cas échéant, elles seront plutôt de nature non conventionnelle. Et c'est sans doute ce qui a un peu pris les marchés au dépourvu. Quoi qu'il en soit, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions et baser de grandes théories sur une seule session, d'autant que nous avons – et nous sommes loin d'être les seuls – si souvent prédit la fin des abaissements des taux ces dernières années.

 

Autant donc formuler cette fois les choses à la forme interrogative plutôt qu'affirmative: la chute des taux est-elle terminée et sommes-nous depuis hier – le 10 mars 2016 – entrés dans une nouvelle ère pour le monde des placements? Mais n'anticipons pas. Car si la parole est d'argent, le silence est d'or. Telle est la leçon que nous a enseignée hier Mario le Magicien. (Philippe Gijsels)

 

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